Les entreprises débloguent

Les entreprises débloguent
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Publié le 6 septembre 2006
  • Reportage: Emmanuelle Jaquet
  • Montage: Charles Deregnaucourt-Fischer

Les blogs ? Une jungle ! Le moteur de recherche Technorati en aurait recensé 50 millions en juillet 2006. Deux fois plus qu'en janvier. La courbe est exponentielle, même si parmi ces blogs, beaucoup ne durent pas.

Petite Anglaise

Catherine Sanderson, elle, a commencé à écrire le sien en juin 2004. Secrétaire dans un cabinet d'experts comptables britannique, elle y raconte sa vie d'expatriée à Paris. Au fil des pages et le succès aidant – 3000 lecteurs quotidiens – elle se confie davantage, évoque sa rupture avec le père de sa petite fille ou d'autres événements de sa vie privée. Jamais elle ne dévoile le nom de son employeur, mais avec humour, elle raconte des anecdotes survenues lors de son travail, comme le jour où elle installe une web cam pour une conférence donnant tout loisir à ses collègues de Londres d'admirer son décolleté. Un jour, elle publie même des photos d'elle. Des photos qui, manque de chance, permettent à son employeur de l'identifier.

Remerciée pour son blog

Le 26 avril 2006, Catherine est informée oralement de son licenciement, pour faute grave dans un premier temps. Quelques jours plus tard, elle reçoit une lettre de 4 pages détaillant les motifs de son renvoi. Dixon Wilson – qui refuse de commenter l'affaire – lui reproche d'avoir rompu les liens de confiance entre elle et l'entreprise, ainsi que d'avoir écrit son journal électronique à plusieurs reprises sur son temps de travail. Catherine a saisi le Conseil des Prud'homme, convaincue que les propos tenus sur son blog ne méritent pas un licenciement, tout au plus un avertissement. Lors de son licenciement, elle a du reste proposé de retirer certains passages, ce que son employeur a refusé. Reste que sa mésaventure a le mérite de soulever des questions essentielles : par exemple, quelles limites ne doit pas franchir un blogueur salarié ? A quelle moment porte-il atteinte à son employeur…

Nestlé, victime d'un blog

En Suisse, la question est d'autant plus actuelle qu'un blog, «Nestlé Suisse Real News», s'en prend vivement à la direction suisse du groupe d'alimentation. Transparence, l'auteur du blog, s'en prend ouvertement à Nelly Wenger, la directrice de Nestlé Suisse. Pour préserver son anonymat, il a ouvert son site sur une plateforme d'hébergement gratuite. Difficile pour Nestlé de remonter jusqu'à lui, autant rechercher une aiguille dans une botte de foin. Pour l'heure, le groupe garde un œil sur ce blog, mais laisse faire. En espérant qu'avec le temps, Transparence se lasse de ce petit jeu.

Critiquer son employeur, ce n'est pas permis

Dans ce cas précis, le blogueur joue gros, car si il se fait prendre, il risque le licenciement. Ecrire un blog relève de la liberté d'expression, mais en tant que salarié, l'auteur du journal se doit de respecter son devoir de fidélité envers son employeur. En clair, il ne peut rien écrire qui puisse nuire aux intérêts légitimes de son employeur ou ternir sa réputation. Il ne doit pas non plus trahir des secrets de fabrication ou révéler des faits confidentiels. En théorie, cela paraît très clair. En pratique, ça l'est nettement moins. Il n'est pas toujours facile de dire clairement à quel moment le blogueur franchit la limite à ne pas dépasser. Cela dépend notamment du domaine d'activité de son employeur, de la notoriété de celui-ci, de la fonction du blogueur au sein de l'entreprise, etc… En Suisse, le blogueur se doit d'autant plus d'être prudent, car en cas de licenciement, c'est à lui de démontrer le caractère abusif de cette décision. Ensuite, le Tribunal ne peut pas annuler le licenciement, il peut tout au plus obtenir une indemnité, jusqu'à six mois de salaire.

Catherine Sanderson, en ne nommant pas son employeur, était persuadée d'être à l'abri de tout licenciement. Cette précaution n'a pas suffit à lui éviter des ennuis. Reste à voir l'issue de cette affaire. La Petite Anglaise se dit prête à aller jusqu'au bout pour faire reconnaître ses droits.

Commentaires

Portrait de Augusto de Arruda Botelho

I could not resist commenting. Exceptionally well written!

Portrait de melle bille

catherine sanderson a dans un premier temps gagné son procès aux prud'hommes.

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