Le théâtre de la surveillance

Le théâtre de la surveillance
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Publié le 24 mai 2007
  • Reportage: Laurent Burkhalter
  • Montage: Ulrich Teiger

Bill et Elisa sont fondateurs des «Surveillance Camera Players», un collectif new yorkais d'activistes politiques. Les manifestations et la simple distribution de tracts sont des méthodes trop ringardes pour eux. Pour protester contre la prolifération des caméras de surveillance, ils ont choisi une méthode plus artistique: ils jouent des pièce de théâtre en pleine rue ou dans le métro.

Ensemble, ils ont adapté les plus grands classiques: «1984» de George Orwell, «Ubu Roi» d'Alfred Jarry, ou encore « En attendant Godot » de Samuel Beckett. Les sketchs durent quelques minutes et sont muets car les caméras n'enregistrent pas le son. Des messages écrits en gros sur des panneaux permettent de comprendre facilement l'histoire. Les créateurs de ce concept savent comment obtenir un maximum d'impact. Bill travaille dans une agence de publicité, tandis qu'Elisa est graphiste.

La police interrompt les pièces



« Ces pièces sont une façon originale de toucher les gens. En faisant quelque chose d'artistique, de théâtral, nous parvenons à attirer leur attention », explique Bill Brown, le fondateur du groupe. «C'est à ce moment là, quand ils lèvent la tête, quand ils ont l'esprit ouvert, même si cela ne dure qu'une seconde ou deux, que nous leur donnons le flyer. »

Si les passants en général apprécient, ce n'est pas le cas de la police qui ne sait que faire face à ce théâtre de l'absurde joué en public. Au plus, elle ne peut qu'interrompre les pièces, comme elle l'a déjà fait en plein « 1984 ». Les activités du groupe sont surveillées de près par la police de New York, comme le prouve ce document confidentiel, rendu public à la demande d'un juge. Bill Brown est connu de la police : il s'est déjà fait arrêté 3 fois pour son activisme.

Il y aurait plus de 15 000 caméras de surveillance à New York, un nombre qui ne cesse de croître. Mais cela ne décourage pas Bill. « Je pense que ces caméras sont en train de nous préparer pour une société qui sera entièrement surveillée. Quand ces caméras seront équipées pour la reconnaissance faciale, elles permettront à la police d'identifier, de suivre et de ficher les gens. Ces caméras auront véritablement un cerveau. »


La caméra comme oeuvre d'art



Dans son appartement, Bill conserve précieusement tous les panneaux de ses pièces comme de véritables œuvres d'art. Il n'est pas le seul à critiquer la vidéosurveillance à travers une forme d'expression artistique. Le thème est à la mode. Jill Magid, une artiste américaine, a créé de nombreuses installations sur ce thème.

A New York, elle fixé une caméra à ses chaussures, et s'est filmé en train de marcher dans la rue. A Amsterdam, elle a décoré les caméras de surveillance avec des faux diamants. Enfin, à Copenhague, elle a demandé aux opérateurs de caméras de surveillance de la filmer à tous les coins de rue et même de la guider alors qu'elle avait les yeux fermés.

La démarche de Jill est politiquement neutre. « Je ne suis ni pour ni contre cette technologie, tout dépend de son application. Très souvent une technologie a une application très précise et elle perd de son potentiel. Elle peut aussi bien être une chose belle, sensuelle ou intime. »

Cette approche purement artistique est à l'opposé de celle des activistes des «Surveillance Camera Players». Pour Bill Brown, «les caméras de surveillance ne servent pas à combattre le crime, elles ne servent qu'à envahir notre sphère privée, et elles devraient être enlevées.»

Bill enchaîne les manifestations et à chaque représentation, sa troupe est gigantesque. Tous les passants sont déjà des acteurs sans le savoir: ils sont constamment filmés.

Commentaires

Portrait de nouvoscope

Berge,A quand de minis caméras comme les cookies !Aie, aie c'est déjà presque ça !

Portrait de anne onyme

Je suis d'accord avec Bill Brown, «les caméras de surveillance ne servent pas à combattre le crime, elles ne servent qu'à envahir notre sphère privée, et elles devraient être enlevées.»
Cette excellente initiative d'un théatre qui s'impose au rideau des caméras est une façon forte et humoristique d'alerter les gens sur le danger qui guette nos sociétés avancées. Ce désir intangible de vouloir tout contrôler pour influencer et diriger n'es pas nouvelle. La science fiction en a souvent parlé et mis en scène... il serait temps de comprendre l'immensité du danger et de militer davantage pour une sauvegarde de la spère privée.

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