À l'origine, il y avait le gène
Journaliste: Géraldine Jacot
Mixage: Philippe Lahaie
Montage: Karim Trabelsi
Grâce aux recherches menées depuis 20 ans sur le décryptage du génome humain, il est désormais possible de reconstituer l’histoire d’une famille en déchiffrant les chromosomes.
Les Américains en raffolent et les entreprises le savent. Depuis cinq ans, une dizaine de laboratoires aux Etats-Unis et au Royaume-Uni se sont lancés sur ce marché. Ils proposent des analyses de l’ADN pour quelques centaines de francs, moyennant l’envoi par la poste d’un coton tige imbibé de salive.
En Suisse, l’entreprise zurichoise Igenea propose ces tests ADN. Chaque année, elle reçoit 2000 kits de toute l’Europe et parfois de plus loin. Les clients s’adressent à cette société par simple curiosité ou lorsque leurs recherches sont au point mort. « C’est une méthode additionnelle à la généalogie traditionnelle. Au cours des guerres ou d’incendies, les archives peuvent avoir été détruites. Et l’ADN, c’est un document que l’on porte sur sois » explique Amanda Felber, directrice de la société. La difficulté reste de convaincre les clients que leur ADN sera bien protégé.
90% des tests sont analysés par le laboratoire américain Family Tree DNA. Le laboratoire offre la possibilité à ses clients de rentrer leurs résultats dans une grande banque de données. Aujourd’hui, plus de 300'000 personnes y ont laissé leurs empreintes. Grâce à cela, les clients peuvent espérer retrouver leurs cousins génétiques et mettre en commun les informations qu’ils détiennent sur leur famille.
Aux Etats-Unis, cette mode touche toutes les couches sociales et toutes les communautés.
A Washington, le laboratoire African Ancestry s’est spécialisé dans la clientèle des Noirs américains. Privés d’archives à cause de l’esclavage, ce test leur permet de découvrir le pays d’origine de leurs ancêtres africains. Les juifs américains peuvent trouver sur Family Tree DNA un dépistage du marqueur K2a2a, qui indique une origine ashkénaze.
Un service qui choque le parlementaire vaudois Luc Recordon qui a en ligne de mire le site Internet suisse Igenea : « ouvrir un site avec la page d’accueil qui dit « êtes-vous juif ? », c’est tout de même, si c’est utilisé par des gens malintentionnés, assez inquiétant ».
A plus large échelle, l’ADN est aussi utilisé pour retracer l’histoire de l’humanité. Le projet Genographic mené par National Geographic et IBM, proposent au public de participer à une étude scientifique visant à reconstituer les grandes migrations humaines. Pour Lluis Quintana-Murci, généticien à l’Institut Pasteur, cette étude permettra de « raffiner ce que l’on sait déjà sur l’histoire démographique de l’homme ». Les généticiens du projet prélèvent l’ADN des populations indigènes qui sont restées longtemps à l’écart de la civilisation. Leur patrimoine génétique garde des traces plus anciennes du passé et est une mine d’informations pour les chercheurs.





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