La prison vire au rose bonbon
Reportage: Emmanuelle Jaquet
Montage: Cyril Moulin
Mixage: Philippe Lahaie
« C’est une cellule d’arrestation comme une autre, décrit Jean Scheiben, chef de la police de Bienne. Les détenus n’y restent pas plus de 24 heures. » Ce que Jean Scheiben ne dit pas, c’est que les murs, le plafond et le sol sont roses. Pas rose clair, non. Rose guimauve. Rose barbe à papa. Rose Barbie. En un mot : rose.
Lorsqu’on pénètre à l’intérieur, la surprise est totale. Du rose en prison, c’est déroutant
et Jean Scheiben admet que cela ne plait pas à tout le monde : « Il est trop tôt pour tirer un premier bilan, mais ce que l’on peut dire, c’est qu’il n’y a rarement aucune réaction. » Jean Blanc, officier de police, confirme : « Certains « clients », qui ont déjà fait plusieurs passages ici, ont été un peu choqués la première fois qu’ils ont découvert ces nouvelles cellules. »
Pourtant, l’objectif du rose en prison n’est ni de choquer, ni de faire sourire. Le but est de détendre et de faire baisser l’agressivité des détenus. « Nous devions rénover nos cellules, raconte Jean Scheiben. Or, nous avons appris que cette couleur rose faisait des miracles. »
Des miracles ? Pour l’instant, à Bienne, on avoue que l’expérience est trop récente pour confirmer l’efficacité de la couleur auprès des détenus. Mais on espère…
La tendance du rose en prison vient des Etats-Unis. Un établissement aurait imposé à ses détenus le rose jusqu’au caleçon, davantage pour humilier les gros bras que pour les calmer.
En Suisse, c’est une femme qui a lancé la mode du rose derrière les barreaux. Daniela Späth est designer et spécialiste des couleurs. Pour démontrer l’effet calmant du rose, elle a soumis des centaines de personnes à un test de couleurs. Les volontaires ont passé quelques minutes dans des cabines de couleur différente. Avant et après chaque passage en cabine, Daniela Späth a pris leur tension artérielle. Or, dans 98% des cas, le rose aurait provoqué chez les sujets une baisse de tension.
Dans le canton de Zurich, la prison de Pfäffikon est la première à s’être inspirée des théories de Madame Späth. Au début 2010, l’établissement a repeint l’une de ses cellules en rose pour calmer ses détenus les plus agressifs. Bienne, ainsi que Schaffhouse ont suivi. Tandis que les nouveaux bâtiments administratifs de la police cantonale de Berne, à Burgdorf, compteront plusieurs cellules d'arrêt...complètement roses.




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