Impossible de mourir sur le web

Impossible de mourir sur le web
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Publié le 25 octobre 2010

 

  • Reportage : Yann Dieuaide
  • Montage : Ulrich Teiger
  • Mixage : Philippe Lahaye

 

Internet est devenu une gigantesque pierre tombale virtuelle. Sur les réseaux sociaux, le nombre d’utilisateurs décédés, mais dont le profil est toujours actif, explose. Pour les proches, la situation est difficile à vivre. La question de notre « succession numérique » se pose...

D’après des estimations récentes, il existerait entre 3 et 4 millions de morts-vivants sur Facebook… Des pages de personnes décédées, mais qui n’ont pas été effacées.

Graphiste à Bruxelles, Sandrine a été confrontée à deux disparitions, avec des suites désastreuses sur Internet. Il y a trois ans d’abord, après le suicide d’une amie, elle reçoit des messages automatiques pendant des semaines l’invitant à prendre de ses nouvelles. L’année dernière ensuite, lors de la disparition d’une autre connaissance, le compte Facebook  de la défunte est bloqué par un ami d’ami d’ami, empêchant la famille de l’effacer. « Ce qui m’a le plus choqué, explique la jeune femme, c’est que les proches n’aient pas de pouvoir. On se retrouve face à un truc énorme qu’est Internet, et on ne peut rien faire. »

File 4811Mais lors d’un décès, il n’y a pas que les réseaux sociaux qui posent problème, nos comptes emails sont aussi concernés. Ils sont bien autre chose que l’ancienne boîte à chaussures dans laquelle on retrouvait une correspondance. Pour Nicolas Capt, avocat au Barreau de Genève, « la première différence, c’est le volume, parce que la majorité des systèmes webmails permettent un stockage de données illimité. La deuxième différence, c’est qu’on va retrouver aussi des photos et des échanges avec des tiers, c’est-à-dire qu’on va pouvoir reconstituer une vie de manière beaucoup plus précise, donc plus invasive. »

Cependant, dans l’immense majorité des cas, les héritiers n’ont pas les mots de passe des boîtes mails, et les fournisseurs d’accès rechignent à les donner. Profitant de ces lacunes, des sociétés proposent depuis peu une solution. On les appelle les coffres-forts numériques.

File 4812« De plus en plus de gens disposent aujourd’hui de documents sous forme électronique, affirme Andreas Jacob, co-fondateur de DataInherit, une entreprise basée à Zurich. Encore plus qu’il y a trois ou cinq ans, nous possédons des mots de passe, des photos, des contrats. Et nous nous sommes demandés : qu’est-ce qui se passe si nous ne sommes plus là ? »

Le principe de DataInherit est de mettre à l’abri tous les identifiants. Vous stockez vos informations, mais vous planifiez aussi votre succession. Un protocole définit qui prévenir et quoi transmettre en cas de décès, numéros de comptes bancaires, assurances-vie ou révélations personnelles.

Autre solution encore plus sûre : le dépôt d’un testament chez le notaire, comprenant tous vos vœux numériques… La seule façon peut-être de trouver une mort paisible sur le net.

Mais encore...

>>>Entretien avec Nicolas Capt, Avocat au Barreau de Genève.

Ce spécialiste des problèmes de sécurité dans les nouvelles technologies, s’interroge sur la possibilité donnée aux héritiers d’obtenir et de consulter l’intégralité des comptes emails. Cela est-il souhaitable moralement et juridiquement ?

Nicolas Capt, avocat au Barreau de Genève

 

 

 

 

 

 

 

 

>>>www.foruforever.net

Le site Internet créé par notre témoin dans le reportage. Proposition de sa plate-forme web : écrire de votre vivant un « album de vie », à l’aide de photos, dessins et autres films, pour le transmettre à vos proches le jour de votre mort… Dérangeant ?

>>>D’autres sites pour laisser des messages post-mortem :

www.mywebwill.com

www.pricelessmessages.com

>>>Les coffres-forts numériques :

www.datainherit.com

www.legacylocker

www.assetlock.net

www.deathswitch.com

Rencontre avec Yoram Elkaim, Directeur juridique de GOOGLEFile 4814

Nouvo : Que prévoit Google sur la question de l'héritage numérique ?

C’est une situation que nous avons rencontrée dès le lancement de nos services.  Mais la réponse n'est pas toujours la même, car il y a un aspect juridique qui varie selon les pays. En France, par exemple, la loi permet aux héritiers de récupérer les biens numériques d'un proche décédé. Mais très souvent les familles demandent la fermeture du compte plutôt que l'accès à son contenu.

Nouvo : Concrètement, que doit faire un proche pour obtenir ces données?

D'abord, ce n'est pas n'importe quel membre de la famille qui peut faire une demande. Il doit s’agir de la personne chargée de gérer la succession. Ensuite, elle doit fournir certains documents, par exemple une preuve de son identité, le certificat de décès du titulaire et la preuve de son autorité pour gérer la succession. Par exemple, s’agissant de Gmail , le Centre d’aide en ligne indique la liste des pièces à fournir et le service auquel il faut les adresser.

Nouvo: Recevez-vous beaucoup de demandes des familles?

Nous n'avons pas de statistiques à ce sujet. Mais, étant donné que nos services comptent des millions d'utilisateurs, on peut imaginer qu'il y a régulièrement de telles demandes.

Nouvo : Qu'advient-il d'un compte de messagerie dont personne ne demande la fermeture?

Un compte qui n'est pas utilisé pendant une longue durée demeure stocké en mémoire, même s’il peut éventuellement être archivé. Les données ne sont pas directement détruites, mais elles deviennent inaccessibles. En effet, seul le titulaire du compte a accès aux données, ou les ayant-droits le cas échéant. Ces données existent toujours sur un serveur, mais en pratique, si personne n’y accède plus, elles finissent en quelque sorte aux oubliettes numériques.

Entretien réalisé par Sébastien Bourquin

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