Derminator ou la peau pare-balles

Derminator ou la peau pare-balles
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Publié le 2 septembre 2011

Reportage: Zian Marro
Montage: Enrico Pizzolato
Animation: Jean-Daniel Kneubuhler
Mixage son: Philippe Lahaye

De la peau à l'épreuve des balles! Avec l’aide d’une équipe de scientifiques, une artiste hollandaise a décidé d'incorporer de la soie d'araignée entre le derme et l’épiderme humain.  A faire pâlir d'envie les ingénieurs de l'armée et les caïds de la mafia!


Entre squelettes de dinosaures et insectes conservés dans l'alcool, l’exposition Designers and Artists 4 Genomics fait figure d’ovni au musée d’histoire naturelle de Leiden, aux Pays-Bas. Isolée et bien au chaud dans son incubateur à CO2, l’oeuvre de Jalila Essaïdi est en pleine culture. A travers la vitre, on distingue deux 16 Jalila Eassaïdirécipients plats et cylindriques. «A gauche c’est un échantillon de peau humaine normale cultivée in vitro, détaille l’artiste hollandaise. Et à droite, voici la peau pare-balles avec la soie d’araignée intégrée entre le derme et l’épiderme.» L’artiste de 30 ans est parvenue à créer un échantillon de peau humaine qui résiste à l’impact d’une balle de 5,6 mm !

Les tests grandeur nature ont été réalisés à l’institut de police scientifique de Leiden. En tirant sur un échantillon de peau «normale», cultivée in vitro, le projectile fait un trou net. Mais le même tir sur de la peau renforcée de quatre couche de soie d’araignée résiste et la balle ne passe pas. Il a toutefois été nécessaire de réduire la vitesse du projectile de moitié.

Jalila Essaïdi s’est basée sur les travaux de Randy Lewis, un chercheur américain qui a réussi, en 2001 déjà, à produire de la soie naturelle en grande quantité. En intégrant les gènes d’une Nephila clavipes dans l’ADN d’une chèvre, les protéines de soie d’araignée se retrouvent dans le lait du mammifère. Isolée, la soie est ensuite tissée et finalement incorporée dans la peau en culture.

Abdoel El Ghalbzouri, professeur-assistant au département de dermatologie de l’hôpital universitaire de Leiden, s’est occupé de cultiver cette peau de super-héros in vitro. «Nous avons d’abord généré une matrice dermique sur laquelle nous avons incorporé la soie d’araignée, explique le Dr Ghalbzouri. Ensuite nous avons assemblé l’épiderme et le derme. C’était pour nous un vrai challenge d’observer la réaction entre la soie d’araignée, d’origine complètement différente, et les cellules de peau.»

Pr Wassim Raffoul: sur la culture de peau in vitro
La dimension scientifique et médicale de cette œuvre de bio art est évidente. «Avec cette expérience artistique nous avons créé quelque chose pour la science, se réjouit l’artiste d’origine égyptienne. Maintenant il existe une peau beaucoup plus résistante pour les grands brûlés.» Vraiment ? Au Centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne, le chef du service de chirurgie plastique et reconstructive, Wassim Raffoul, n’est pas tout-à-fait du même avis. «L’un des problèmes chez les patients brûlés, c’est que la peau devient rigide, moins élastique, moins souple, souligne le professeur du CHUV. Et c’est un handicap pour ces patients ! J’ai donc de la peine à imaginer que l’on puisse apporter un plus à l’humanité en générant en laboratoire une peau aussi solide.»

Pour la plasticienne, la démarche est avant tout artistique. «La question est de savoir jusqu’où nous irons si nous modifions génétiquement l’être humain? Est-ce vraiment ce que nous voulons au final ?» Le projet a séduit le directeur du plus grand musée d’Europe de bio art, Geert Verbeke. A tel point qu’il a décidé de se faire greffer un échantillon de peau pare-balles sur le bras ! «Parfois les gens me demandent si je veux devenir Spiderman, sourit le directeur de la Verbeke Foundation, mais ce n’est pas le but ! J’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui font de l’art avec le vivant. Et la plus belle manière de faire honneur à l’artiste, c’est d’avoir l’œuvre avec moi !»

 

Jalila Essaïdi: You can call me a geek! (en anglais)
Pour se faire son propre avis, rien de tel qu’un petit voyage dans la charmante bourgade de Leiden, où l’œuvre de Jalila Essaïdi est à voir au Naturalis jusqu’au 8 janvier 2012.

 

Commentaires

Portrait de Lena

Combien ça coûte de se faire greffer de la peau par-balle ? Je veux cette peau.

Portrait de Antoine

HOMO EVOLUTIS

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