La start-up qui touche le paquet

La start-up qui touche le paquet
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Publié le 28 février 2006
  • Reportage: Carine Jaggi
  • Montage: Charles D. Fischer

Exit le fumeux faux Chanel qui faisait ricaner Coco. Mondialisation oblige, la contrefaçon s'est généralisée, industrialisée. Et tout y passe: DVD, piles, lessives, eaux minérales et même voitures depuis que la Chine a inventé la «Chery QQ», soeur jumelle de la Chevrolet Matiz. La contrefaçon, c'est un marché à plus de 500 milliards de francs et aucun pays n'est épargné.

Vevey, Martin Kutter rentre de son shopping avec un curieux parfum pour homme. «Si on regarde l'emballage de plus près, on voit qu'une partie du couvercle a été arrachée et que les codes barres ont été enlevés et remplacés par des faux». L'emballage est douteux. A-t-on affaire à une contrefaçon ? «Non pas du tout, répond Martin Kutter. Ce sont des produits authentiques probablement destinés au marché français ou italien. Ils ont été modifiés et revendus en Suisse avec une marge en plus, en toute légalité. Modifier un emballage est légal, par contre refaire un emballage est illégal». Martin Kutter connaît bien les méthodes des faussaires. Son travail: empêcher les contrefaçons. Il y a 4 ans, il a créé la société Alpvision avec Fred Jordan, un autre docteur de l'EPFL. Leur invention est simple : des points minuscules imprimés un peu partout sur le paquet. Ils sont décryptés par un simple scanner de bureau et un logiciel mis au point par la société. Le marquage est invisible à l'œil nu et cela plaît beaucoup aux industriels. «Si l'élément de sécurité est invisible, le faussaire ne le remarque pas donc il ne va pas essayer de le copier, explique Fred Jordan, directeur d'Alpvision. Avec un élément visible comme l'hologramme, c'est beaucoup plus facile pour le faussaire de reproduire, même grossièrement, l'effet visuel et le consommateur ne pourra pas forcément distinguer la copie de l'hologramme original».

Ce jour-là, Martin Kutter, président d'Alpvision, a rendez-vous chez un gros imprimeur à Bâle. Grand avantage de son invention: pas d'encre spéciale et aucun changement côté impression. A chaque emballage, sa société touche quelques dixièmes de centimes. Cela rapporte déjà 2 millions de francs par an, et ce n'est qu'un début. Cette année, 100 millions de produits porteront sa marque. Cigarettes, cosmétiques, produits alimentaires, médicaments. L'imprimeur, qui travaille exclusivement pour l'industrie pharmaceutique, croule sous les demandes d'emballages anti-contrefaçon. «Tous nos clients sont préoccupés par cette thématique car la tendance montre qu'il y a de plus en plus de contrefaçons sur le marché, explique Mathias Lüscher, responsable du business development chez Rondo. Pour l'industrie pharmaceutique, cela devient de plus en plus important de se protéger». Aujourd'hui plus d'un médicament sur dix vendu dans le monde est contrefait. Si les pays en voie de développement sont les plus touchés, des faux médicaments comme le Viagra ont déjà été saisis en Suisse, et internet accélère le phénomène.

Là encore, les clients d'Alpvision sont très discrets. Nous trouvons un laboratoire pharmaceutique qui accepte de nous expliquer pourquoi il utilise le marquage d'Alpvision. «En Suisse nous n'avons aucune crainte de contrefaçons, explique Michel Mpandi, docteur en pharmacie et directeur scientifique chez Serolab. Mais nous travaillons avec des marchés plus sensibles d'Asie, d'Amérique latine, d'ex-URSS et là nous avons quelques craintes. Il se pourrait que nos produits se retrouvent sur les marchés, dans les ventes à l'étalage, ou sur internet où le commerce de médicaments se développe énormément. S'il s'agit de contrefaçons, il se pourrait qu'on y introduise des substances toxiques, allergisantes. Ce sera à nous de justifier qu'il ne s'agit pas du tout de notre produit». Pour éviter ces problèmes, Serolab va faire ses propres contrôles. «Nos délégués médicaux vont acheter les produits dans les pharmacies de ces différents pays, scanner les paquets et nous envoyer les images. Ensuite nous vérifierons avec le logiciel s'il s'agit bien de nos produits». Aujourd'hui les fabricants doivent suivre leurs médicaments jusqu'au point de vente, par crainte de procès. Certains ont été attaqués parce que des contrefaçons se retrouvaient en pharmacie à la place de leurs produits. «Il est fort possible que les producteurs soient rendus responsables de ne pas avoir apporté toute la sécurité nécessaire pour éviter ce genre de situation» confirme le Dr Michel Mpandi.

Martin Kutter et Fred Jordan vérifient l'impression de leur marque au microscope. Le dessin, dont la taille ne dépasse pas quelques micromètres, est caché dans les fibres du papier et ressemble en fait à de minuscules défauts d'impression. «Notre secret est d'arriver, à partir de milliers de millions de petits défauts, à reconstituer l'information fiable qui nous permet de détecter notre marque, sa présence ou son absence sur un emballage» explique Fred Jordan, directeur d'Alpvision. Tout cela est protégé par plusieurs brevets. Le système a déjà convaincu des industriels mais aussi des gouvernements. L'Ethiopie l'utilise pour sécuriser tous ses documents officiels. Carine Jaggi

Pour en savoir plus sur la contrefaçon de médicaments: Etat des lieux (OMS)

Commentaires

Portrait de nadine

c'est un marché à plus de 600 milliards de francs et aucun pays n'est épargné.


Portrait de Nathalie

Bonjour,

Il semble qu'il soit impossible de visionner la video sur Alpvision (alors que pour d'autres émissions, cel afonctionne parfaitement), y aurait-il un problème technique de votre côté ?

Merci et bonne journée.
N. Boder

Portrait de coollenn@hotmail.com

comment peut-on être aussi sûr de cette technologie d'autant plus que le scannage revelera les informations invisible à l'oeil nu ?

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