Les rues se déshabillent
Vidéos récentes
Vidéos similaires
Koop Kerkstra n'a pas froid aux yeux. Pour prouver qu'il a raison, cet urbaniste traverse la chaussée en marchant en arrière, sans regarder où il va. Les voitures s'arrêtent immédiatement. « Je n'ai pas peur, je sais que les gens sont civilisés ici, et qu'ils interagissent avec les autres utilisateurs de la route. » Nous sommes à Drachten, une petite ville aux Pays-Bas.
La Hollande se distinguait déjà par son approche particulière vis à vis de la drogue et de la prostitution, la voilà qu'elle…déshabille ses routes ! Plusieurs villes, comme Drachten, ont décidé purement et simplement de supprimer les feux des signalisations et autres marquages. « Quand il y a trop de signalisations, les gens perdent tout sens de responsabilité et ils se comportent comme des abrutis, explique Koop. Quand on supprime les panneaux, ils redeviennent responsables ! »
Moins de règles et plus de responsabilité
La place de Laweiplein à Drachten croulait sous un foisonnement de 95 panneaux, des feux de signalisation et de présélections. « Tout était parfaitement régulé, se souvient Koop, mais la vitesse était trop élevée et nous avions de nombreux accidents graves. » Aujourd'hui tous les panneaux ont été supprimés, pour le plus grand bien des 20 000 véhicules qui traversent cette place quotidiennement, selon les autorités. Il n'y a plus d'accidents graves et le trafic est deux fois plus fluide.
Ce nouveau concept porte un nom : le « Shared Space », soit l'espace de rencontre entre tous les utilisateurs de la route. « C'est excellent pour l'économie, se réjouit Sierd van Weperen, maire d'un village qui vient de remplacer un carrefour par une vaste étendue de briques rouges, dont les vibrations ralentissent les voitures. Les gens se sentent en sécurité, ils viennent volontiers au centre ville faire les magasins et organiser des marchés .»
Une idée qui séduit en Suisse
De nombreuses villes ailleurs en Europe commencent à supprimer les feux. En Suisse, de nombreux politiciens suivent avec intérêt ces expérimentations. A Genève, la députée verte Sylvia Leuenberger a déposé une motion pour réduire les signalisations, tandis qu'à Vevey, le syndic socialiste Laurent Ballif veut supprimer d'avantages les marquages. Le « Shared Space » fonctionnera-t-il aussi en Suisse ? Laurent Ballif en est convaincu. « Les Hollandais ne sont pas mieux élevé que nous, rétorque-t-il, là bas aussi vous avez des piétons et des cyclistes partout. »
Soutenue à Genève par des partis de gauche comme de droite, l'idée de réduire les marquages convainc également le Touring Club Suisse, pour qui la signalisation est actuellement excessive. Mais aménager du « Shared Space » à l'hollandaise, en briques et en pavés, n'est pas simple. Leur construction engendre un surcoût de 20 % par rapport à des carrefours traditionnels. Un plus grand défi encore restera sans doute de convaincre les utilisateurs sceptiques. Car malgré toutes les statistiques en faveur du « Shared Space », de nombreux cyclistes et automobilistes trouvent l'idée d'un trafic livré à lui même dangereuse.






Intéressant! A mettre en parallèle avec les critique sur l'aménagement de la place Cornavin (GE)...