Polaroid: l'impossible résurrection

Votre notation : Aucun Moyenne : 3.8 (4 votes)
<obtenir le code d'intégration de la vidéo>
Polaroid: l'impossible résurrection
Publié le 29 septembre 2009
  • Reportage: Laetitia Wider
  • Montage: Ulrich Teiger
  • Mixage: Philippe Lahaye

Au même titre qu'« Hugi les bons tuyaux », la boule à facette ou la capillarité inquiétante des Bee Gees, il y a du mythe 70's dans le Polaroid. Voir du mystique… A écouter Florian Kaps conter sa première rencontre avec l'appareil instantané sur Ebay. C'était en 2004. « J'ai regardé ce chrome, touché ce cuir, j'étais subjugué. J'ai appuyé sur le bouton , la photo est sortie et là je me suis dit : whaouuuu, c'est tout simplement magique ! Et j'ai pensé que j'adorerais le remettre au goût du jour ». Et c'est exactement ce qu'a fait cet homme d'affaire autrichien. Docteur en biologie tombé dans la potion de l'instantané sur le tard, Florian abandonne les sciences pour ouvrir un site de vente en ligne dédié au Polaroid, ainsi qu'une plateforme communautaire. Or, en juin 2008, coup dur pour Florian, et tous les amateurs de la petite photo sous cadre blanc, la production de film Polaroid stoppe net, après 60 ans d'existence.

Florian Kaps se retrouve ainsi convié à la sauterie de fermeture de l'usine Polaroid d'Enschede, à l'est de la Hollande. La dernière usine de fabrication de films Polaroid. Au plus fort de l'activité, l'usine fabriquait près 70 millions de cartouches Polaroid par an et comptait 1200 employés. Mais la décision de la direction de Polaroid alors en redressement judiciaire est irrévocable. En juin 2008, les 75 derniers employés de l'usine sont licenciés. C'est la fin d'une épopée débutée, il y a 60 ans. Le film Polaroid n'est plus.

Sauver l'impossible

Voici l'histoire telle qu'elle aurait du se terminer sans la rencontre providentielle entre Florian Kaps et André Bosman, alors directeur de production. Entre les bulles de champagne, l'euphorie en moins, ils entament la discussion. « On s'est alors rendu compte qu'on avait le même rêve, la même vision. Le film instantané ne devait pas mourir. Le marché existait toujours», explique Andre Bosman. Et ce dernier apporte deux informations capitales à Florian : les locaux de l'usine ne vont pas être détruits avant 10 ans, et les machines existent encore. « Je me suis dit, nous avons l'usine, nous avons les machines, ah… Mais nous n'avons plus les composants pour fabriquer les négatifs ! Et là Andre m'a regardé, et m'a dit, mmmh, peut-être bien que si… C'est comme ça que tout a commencé », raconte l'autrichien.

Facétieux, les deux hommes nomment le projet « Impossible ». Florian réussit à lever plus de deux millions de francs auprès d'investisseurs privés et la start-up engage dix vétérans de l'ancienne usine –le plus jeune a 51 ans. Ensemble, ils se donnent un an pour mettre un nouveau film sur le marché. « Le plus grand défi a été de recréer et de réinventer un nouveau système de développement», assure Andre Bosman. L'ancien a été détruit. Nous possédons toujours les « recettes » mais les vieilles machines, pour coder le négatif, n'existent plus. » Un pari que la jeune firme est en passe de relever. Le premier film noir et blanc « Impossible » devrait être disponible début 2010.

Pas peur du numérique

Pourtant, à l'heure du numérique, et avec un prix de 30 francs par cartouche de 10 photos, le pari semble audacieux. « Nous ne sommes pas en train de créer un marché, nous répondons juste à une demande qui existe déjà, rétorque Florian Kaps. Polaroid vendait encore 30 millions de films l'année dernière. Nous nous voulons juste en écouler 1 million l'année prochaine. » Selon eux, quelque 500 millions d'appareils dans le monde seraient encore en état de marche. « Pour nous le numérique n'est pas un concurrent, ce sont deux choses complètement différente. On pourrait tout aussi bien dire que la peinture sur canevas est un de nos concurrents. »

Car le Polaroid, aujourd'hui, séduit majoritairement les artistes, les photographes notamment. Qu'ils soient professionnels ou amateurs, comme Philippe, un parisien exilé dans la campagne fribougeoise. Collectionneur d'appareils à développement instantanés -il en possède plus de 60- , Philippe attend avec impatience les films d'Impossible. « En attendant, j'ai fait des stocks, dans mon frigo, il y a au moins de quoi tenir un an. »

Quant à la marque Polaroid, elle a été rachetée par Hilco Consummer Capital et Gordon Brothers Brands, deux sociétés américaines de capital risque. Elle se consacre désormais à la production d'appareils numériques à développement instantané. Du côté d'Enschede, on ne prévoit pas encore la fabrication d'un nouvel appareil photo… Mais rien ne semble « Impossible » après tout !

Vidéos bonus

Commentaires

Portrait de kolata

super

Portrait de Julien S.

Voilà un projet réjouissant ! A 22 ans, enfant de l'ère numérique, je suis quand même un grand admirateur du "Pola" et j'attends avec impatience la vente de négatifs pour 2010 !

Poster un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement. If you have a Gravatar account associated with the e-mail address you provide, it will be used to display your avatar.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage