Le Sahara comme pile de l'Europe
- Reportage: Zian Marro
- Montage: Ulrich Teiger
- Mixage: Philippe Lahaye
- Animation: Jean-Daniel Kneubuhler
Il ne quitte jamais ses lunettes à soleil. Ici, à une cinquantaine de kilomètres de Séville, la lumière est aveuglante, omniprésente. Valerio Fernández Quero déambule entre les centaines de miroirs géants qui parsèment la plateforme Solucar, près de Séville. Entre deux coups de téléphone, le directeur des opérations d' Agengoa Solar annonce: «En ce moment, nous générons de l'électricité pour environs 15'000 maisons.» Sur le site on développe plusieurs technologies pour convertir la chaleur du soleil en électricité.
Et parmi les plus prometteuses, il y a les miroirs paraboliques. Le principe est simple: les rayons du soleil sont concentrés en un point précis et chauffent ainsi un fluide à plus de 400 degrés Celsius. Ce fluide produit ensuite de la vapeur d'eau sous pression. Celle-ci va faire tourner une turbine, qui finalement produit de l'électricité. Avec un avantage de taille par rapport au photovoltaïque: «On peut stocker la vapeur pendant la journée et produire de l'électricité quand il n'y a plus de soleil», se réjouit Valerio Fernandez Quero.
La distance n'est pas un problème
Abengoa Solar est l'un des 12 partenaires du projet pharaonique Desertec. Objectif: utiliser le soleil du Sahara pour alimenter l'Europe en électricité. D'ici 2050, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient fourniraient 15% des besoins de l'Europe occidentale. Selon la première étude de faisabilité du projet, le coût de production du kilowatt-heure (kWh) serait d'environ 5 centimes d'euros, soit environs 7,5 centimes de francs suisses. A titre comparatif, le coût de production du kWh hydraulique en Suisse est actuellement de 5 centimes de francs suisses.
En Espagne, on teste aussi d'autres techniques pour fabriquer de l'énergie verte. Comme les tours solaires de puissance. Des miroirs géants suivent la progression du soleil et renvoient ses rayons vers un récepteur au sommet des tours. Ensuite, même procédé qu'avec les miroirs paraboliques: on génère de la vapeur qui fait tourner une turbine.
Mais cette électricité, il faudra aussi la transporter. C'est là que le groupe ABB entre en scène. Et la distance n'est pas un problème. «Il y a deux ans, nous avons installé un câble sous-marin de 580 km entre la Norvège et les Pays-Bas, raconte Bernhard Eschermann, le directeur d'ABB Semiconductors, donc pour nous la distance entre l'Europe et l'Afrique n'est pas insurmontable.»
Limiter les pertes d'énergie
Pour comprendre comment cela est possible, il faut pénétrer dans le saint des saints de l'usine d'ABB à Lenzbourg. On fabrique ici des semi-conducteurs qui transforment le courant alternatif en courant continu, et vice-versa. Cela n'a l'air de rien, mais cela permet de limiter très fortement les pertes d'énergie. Généralement, l'électricité est transportée sur le réseau en courant alternatif. Mais sur de longues distances (plus de 300 km), les pertes peuvent avoisiner les 30%! Or grâce au courant continu, ces pertes sont limitées à 10%, selon ABB. La technique consiste donc à installer des stations de transformation à chaque extrémités du câble pour passer en courant continu pour le transport, et revenir au courant alternatif à l'arrivée, avant de réinjecter l'électricité sur le réseau. Cette transformation ne peut se faire sans les semi-conducteurs fabriqués à Lenzbourg. Et chaque station en nécessite des centaines.
Questions sans réponse
Les semi-conducteurs représentent donc un marché inestimable pour ABB qui vient tout juste d'investir 150 millions de francs suisses pour en doubler la production. Dans le projet Desertec, les enjeux économiques sont énormes. La société espagnole Abengoa Solar a déjà pris les devants. «Nous construisons deux nouvelles installations au Maroc et en Algérie, lâche Valerio Fernándes Quero, et nous utilisons la technologie des miroirs paraboliques.»
Si la technologie est déjà bien aboutie, il faudra encore faire face aux problèmes politiques et économiques. Quelle rôle joueront les pays producteurs ? Jusqu'à quel point l'Europe peut-elle dépendre de ressources étrangères ? Ces questions n'ont pas encore trouvé réponse.




Commentaires
http://www.wallstreet-online.de/diskussion/1073576-6141-6150/solar-mille...
Nous savons aujourd'hui que nous sommes totalement dépendants du pétrole et que notre société s'effondrerait rapidement si l'approvisionnement en pétrole n'était plus assuré.
La Suisse comme tous les pays européens n'a pas d'autre choix que de se libérer de la dépendance énergétique en produisant l'énergie qu'elle consomme sur le plan local. C'est le seul objectif crédible et raisonnable à long terme.
Dans ce contexte, une production d'électricité au nord de l'Afrique pour une consommation sur le continent européen constitue une fuite en avant qui va à contresens. Notre état de dépendance ne fera que croître. Nos sociétés ne devraient pas s'aventurer vers des défis, certes extraordinaires, mais qui fragilisent intrinsèquement cette même société. Au contraire, il s'agit d'investir dans ce qui est durable en Europe et ces défis existent et sont encore largement sous-exploité : éolien, solaire, chaleur du sol, hydraulique, sans compter les économies d'énergie.
Les ressources énergétiques que l'on va chercher à l'autre bout de la planète ont déjà causé assez de conflits et de guerre. Nous devons être à terme devenir totalement indépendants énergétiquement parlant.
Poster un nouveau commentaire