Exporter n'est pas jouer

Exporter n'est pas jouer
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Publié le 25 novembre 2009
  • Reportage: Laurent Burkhalter
  • Montage: Enrico Pizzolato
  • Mixage: Philippe Lahaye

Philippe-Emmanuel Grize, l'un des directeurs de l'usine biennoise Posalux, n'a rien à cacher. Son entreprise produit et exporte des machines-outil de grande précision. L'une d'elles permet de fabriquer des pièces de moteur par électro-érosion. Ces temps-ci, elle est particulièrement prisée par les Chinois qui développent leur industrie automobile.

Mais cette machine pourrait également intéresser certains ingénieurs du Moyen Orient adeptes de la prolifération. Comme toutes les autres machines de ce genre, elle peut également servir à fabriquer des pièces de missiles. Cette catégorie de produits porte un nom : les biens à double usage. La Suisse en est le quatrième exportateur mondial. Un business qui pèse près de 8 milliards de francs suisses, loin devant le matériel de guerre.

Les exportations de biens à double usage sont autorisées, sauf pour certains pays comme l'Iran, la Corée du Nord et la Syrie, qui manquent de transparence question activités nucléaire. Du coup, la police, en collaboration avec les services du renseignements, sensibilisent une centaines d'entreprises par an. « On voudrait bien éviter que des pays à risques puisse acquérir ce matériel pour en faire une bombe atomique ou un missile balistique », explique la police. Celle-ci demande aux entreprises de tirer la sonnette d'alarme si le client est flou quant à l'utilisation et destination finale du bien.

Des biens en apparence anodins

La liste des biens interdits à l'exportation dans les pays les plus sensibles fait des centaines de pages. Mais les Docteurs Folamour en herbe sont futés. Comme il est très difficile pour eux de s'approprier les biens interdits d'office par les listes, ils se rabattent sur des bien en principe autorisés. Ces biens à double usage sont généralement moins sophistiqués, mais tout de même utilisable dans un missile par exemple. Ils espèrent ainsi duper l'exportateur quant à l'utilisation finale. Mais évidemment l'exportation sera interdite si la demande est suspecte, selon la clause «catch all» des pays luttant contre la prolifération.

Autre complication : les commandes sensibles passent souvent par des intermédiaires dans des pays vers lesquels les exportations sont permises. Philippe Emmanuel a ainsi reçu une demande d'une société turque en novembre. Ce pays est sur les listes vertes du SECO. Bizarrement, la demande était identique à celle envoyée quelques mois plus tôt par une entité syrienne et qui avait été refusée. Le Service d'Analyse et de Prévention avertit aussitôt Phillipe Emmanuel : les deux sociétés sont liées.

Espionnage de fusées suisses

Ceci n'est pas un cas isolé. Le Secrétariat d'Etat à l'économie, qui délivre ou refuse les permis d'exportation, reçoit des dizaines de demandes informelles par jour d'entreprises souhaitant savoir si elles peuvent vendre du matériel dans des pays à risque. La plupart jouent le jeu et respectent le préavis négatif du SECO. En revanche, celles qui ignorent un refus du SECO s'exposent à des poursuites judiciaires.

« Nous avons eu très peu de cas où un exportateur a intentionnellement exporté sans permis vers un pays critique » assure Juergen Boehler du SECO. Mais cet ancien douanier ne se voile pas la face. Il sait de quoi les fraudeurs sont capables. Ses efforts permettront au mieux de gêner, mais pas d'empêcher un pays de construire une arme nucléaire.

La prolifération passe par l'exportation de biens mais aussi par l'espionnage. Le Laboratoire Suisse de Propulsion, up fabricant des moteurs de fusée, en sait quelque chose. En 2007, des internautes du Moyen Orient ont essayé de hacker leur site web. Depuis cette date, la start up fait très attention aux documents qu'elle publie. « Nous vérifions toujours nos nouveaux partenaires, en collaboration avec les autorités. Et nous surveillons notre site avec des caméras. »

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